Le Projet «Peul» (Projet d’environnement urbain de Louga) : Une aubaine pour notre ville

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La problématique du projet  «Peul» interpelle notre conscience de citoyen épris de justice et soucieux de promouvoir et de préserver l’humain dans toute sa dimension.

A l’origine, ce projet procède d’une interaction entre une volonté politique (le Maire Daby Diagne) et une expertise avérée (l’ENSA).

A la suite de son élection, en 1990, Daby Diagne, l’ancien maire de Louga,  s’est trouvé confronté à deux problèmes : le chômage des jeunes et l’insalubrité de l’agglomération. Pour ce faire, l’étude de faisabilité technique de ce projet a été confiée à l’ENSA de Thiès. C’est ainsi que sur l’initiative de Daby Diagne le Projet d’environnement urbain de Louga (Peul) a vu le jour en 1992.

La direction de l’ENSA de Thiès désigna aussitôt un groupe d’étudiants inscrits en dernière année de formation pour procéder à l’étude du projet, en prenant en compte toutes les préoccupations du maire. Ils ont étudié les lieux les plus pertinents dans la proche banlieue de la ville pour installer un système de compostage, un jardin maraîcher qui pourrait être exploité et bonifié à partir de l’engrais naturel issu du compostage.

Les jeunes de la ville ont constitué des groupements d’intérêt économique (GIE) par quartier pour assurer le nettoiement, fabriquer du compost et développer des cultures maraîchères qui leur ont permis de dégager, par leur vente, des ressources financières pour s’autofinancer. Un partenariat a ainsi été conclu entre la commune de Louga et les GIE. Ces derniers passent contrat avec la commune pour assurer le nettoiement de la ville. La commune leur fournit des charrettes spécialement fabriquées pour transporter les ordures ménagères, des chevaux qui seront attelés aux charrettes. Les charrettes étaient fabriquées sur place par les artisans de Louga et les chevaux fournis par un marchand de la ville. C’est l’AGETIP qui a assuré, au nom de la commune, la maîtrise d’ouvrage déléguée du Peul.
La commune leur avait octroyé aussi deux terrains : le premier pour le maraîchage avec un forage  et le  second pour du compostage. L’exercice d’une activité génératrice de revenus a permis aux jeunes d’avoir des ressources financières dans une ville frappée par la récession économique liée aux ajustements structurels imposés ,à l’époque, par la Banque Mondiale et le FMI..
De 8 hectares à l’origine, des spoliations multiples l’ont réduit progressivement. Le maintien de ce projet participerait de la pérennité de la durabilité humaine.

L’enjeu est le droit au travail et à une existence décente d’une trentaine de pères de famille regroupés en GIE (GIE PROMALO). 

Aujourd’hui, le projet génère une enveloppe de 23 millions par an. L’aire affectée par la mairie a été découpée en parcelles et attribuée à des exploitants privés. Ceux-ci gardent 65% des revenus produits par l’exploitation et ristournent 35% au projet, à charge pour ce dernier d’assurer la fourniture en eau. Le projet prend ainsi en charge une facture d’électricité d’environ un million par mois pour le fonctionnement du forage.

Cet espace revêt une double fonctionnalité : un poumon vert à l’image du Bois de Vincennes en France, et un centre d’apprentissage aux techniques agricoles et une zone de production horticole  avec l’avènement du Projet Maraicher de Louga(PROMALO) initié par Madame le Maire Aminata Mbengue Ndiaye. 

La FAO a aussi financé la  construction de deux poulaillers de 30;75 m x 8 m pour poulets de chair et pondeuses.

Le Défunt DG de la FAO M. Jacques Diouf a pu visiter le périmètre en fin 2011. 

Le  projet Gestion Intégrée de la Production et des Déprédateurs de la F.A.O (GIPD) a appuyé le G.I.E PROMALO sur la période 2010-2013 à travers le renforcement de capacité technique des membres par les champs écoles de producteurs. 

En effet la pertinence de cette seconde fonction explique l’existence d’initiatives structurantes comme le projet PRECIMOL (Projet d’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire) fruit de la coopération entre la Belgique et Louga  et sous la houlette de Babacar Sarr du FESFOP

Le PRECIMOL a permis en 2019 à 78 jeunes belges et 82 ados sénégalais de  vivre une expérience humaine enrichissante à travers un chantier dans le PROMALO  avec des activités ciblées :

  • Construction d’un mur de clôture sur 400m pour sécuriser  les plants et l’espace.
  • Reboisement par la plantation de 300 citronniers et 125 autres arbres d’espèces différentes pour améliorer le micro climat et booster les productions. Ainsi une augmentation de 15 tonnes soit 30%  était prévue dans la production de l’année 2019.
  • Des activités de conscientisation et de formation dans la gestion des déchets plastiques pour favoriser le réflexe protection de l’environnement. Ces jeunes ont réfléchi ensemble sur les enjeux de l’agriculture familiale et des productions bios.
  • Le transfert de connaissances et de techniques culturales à l’initiative des jeunes belges.

Il est regrettable qu’après avoir initié un tel projet, à haute intensité de main-d’œuvre et à forte valeur écologique, qu’il soit aujourd’hui délaissé par la commune. D’autant que le projet Peul fonctionne comme un incubateur portant en son sein plusieurs autres projets Comme le PROMALO  qui avait été initié avec l’Aquadev, une ONG italienne présente à Louga

Comment peut-on détruire une telle source de richesses incommensurables ? La terre ne ment pas ne cessait de répéter feu Baye Demba War. Cette assertion est d’autant plus vraie que le contexte de la concurrence mondiale devrait nous inciter à rentabiliser nos économies d’échelle et de transformer nos avantages naturels en atouts pour le développement.

Il est évident que cet espace agro-écologique «Projet Peul» peut devenir un centre d’incubation et de formation aux techniques de l’agriculture bio. D’autant plus  que la volonté politique exprimée dans le cadre du PSE milite dans ce sens, avec des initiatives comme les ‘’Fermes  Natangue’’ ou les DAC (Domaines Agricoles Communautaires), et surtout l’autonomisation des producteurs ruraux et la promotion de l’autosuffisance alimentaire.

A ce titre le Maire de Louga et le Président du Conseil  départemental  ont un rôle fondamental de portage pour susciter des financements et encourager des initiatives pouvant faire de ce projet un centre expérimental, un centre d’incubation des techniques et des projets agricoles structurants  pour les Ecoles d’ingénieurs comme l’ENSA ou les ONG.

Des initiatives  soutenues par une volonté politique  peuvent émerger en vue de :

  • Développer une approche de création d’emplois axée sur l’exploitation rationnelle des potentialités sectorielles ;
  • Transmettre des connaissances et les outils nécessaires à la création de micro-entreprises  agricoles, pastorales, artisanales, voire informatiques ;
  • Renforcer en capacités techniques et en gestion de micro-entreprises les producteurs potentiels ;
  • Promouvoir la micro-entreprise et la micro-finance comme levier de création d’emplois pour favoriser à terme le plein-emploi. 

La vocation des élus doit être de promouvoir leurs  localités d’origine en faisant du marketing et du lobbying, pour susciter et soutenir les initiatives, encourager l’entreprenariat local.

Louga attend de ces élus une posture de leadership, d’agent de développement et de promoteur des capacités et des initiatives locales.

Le projet Peul reste  un joyau que beaucoup de villes envient à Louga, il importe de  le valoriser de façon pertinente, dans une démarche inclusive, en le rendant attrayant et durablement viable  pour les générations futures.

N.B Le projet Peul a été dupliqué au Togo. S’il garde le même acronyme, le Projet d’environnement urbain de Lomé est une version de grande envergure. Les projets d’environnement urbain PEUL du Togo ont pour objectif de faire en sorte que l’ensemble des déchets produits sur le territoire communal rentre dans un seul circuit. Ce circuit comprend la pré-collecte ou la collecte directe au niveau des ménages, la collecte depuis les centres de regroupement, le transport et la mise en décharge finale, tout en favorisant les filières de valorisation. Il est financé à hauteur de plus 9 milliards de francs CFA par un consortium de bailleurs comprenant l’AFD, l’Union Européenne et la BOAD.

Abdoulaye BAO et Bécaye Faye pour Louga Infos