La vraie leçon des catastrophes naturelles

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On ne peut pas dire que ce sont les sept fleaux d’Egypte qui nous tombent sur la tête mais
la nature ne nous épargne pas en ces temps-ci. Nous ne sommes pas non plus les seuls
au monde à pâtir de ces catastrophes naturelles mais nous ne sommes pas habitués à un
tel déluge de cataclysmes. Si en plus on nous annonce la probabilité d’une invasion
acridienne, la possibilité de réapparition d’autres maladies endémiques bien plus létales
tels le choléra ou l’augmentation du taux de prévalence du paludisme à cause des
inondations, il y a de quoi se faire déjà du mourron. Comment notre pays pourra-t-il faire
face à tant de maux ? La question est d’autant plus lancinante que nos dirigeants ont
tendance à faire la politique de l’autruche devant tous ces maux. Les inondations, ces
populations qui pataugent dans eaux boueuses et malsaines, ces demeures détruites par
l’invasion de l’eau, bref cette impossibilité de vivre à sec dans des conditions normales, ce
ne sont pas des inondations mais simplement des eaux stagnantes. On se réfugie dans
une querelle sémantique de mauvais aloi. Le déni de reéalité est manifeste ; il frise même
la malhonneteté intellectuelle.
Pendant ce temps, l’attention des populations est détournée vers ce classement d’une
institution américaine qui place le Sénégal au deuxième rang des pays qui ont le mieux
géré la covid 19. On devrait s’en réjouir ? Peut-être. Mais il n’y a vraiment pas de quoi se
pavaner. On sait, que depuis Donald Trump, ce que sont les statistiques américaines sur
la covid 19. Leur fiabilité pose problème en raison de leur piratage par la politique. Il n’y a
pas de quoi bomber le torse non plus. Le Sénégal est le douzième pays africain le plus
atteint par le coronavirus selon les estimations de l’Organisation mondiale de la Santé. Le
Sénégal compte plus de morts que tous ses voisins, que ce soit la Côte d’Ivoire, le Mali le
Burkina, le Niger ou la Guinée. Pourtant ces pays ont une population bien plus nombreuse
que la nôtre. Chez eux, on entend très peu parler de scandales dans la gestion de cette
pandémie, pas de covid-business, pas de marchés octroyés de gré à gré par les autorités
à des copains et des coquins, pas de distribution sélective de vivres. Il est légitime alors
de se demander sur quels critères se sont appuyés ces experts américains pour faire leur
évaluation. On les comprendrait mieux si leur appréciation était moins générique, si elle ne
concernait que l’aspect médical. Et cela, ce n’est point le mérite des autorités mais celui
des médecins et de l’ensemble du personnel médical qui ont fait un travail appréciable lors
de cette pandémie. Et de surcroît dans des conditions extrêment déplorables.
Après les pluies diluviennes du week-end dernier, le président de la République a annoncé
le lancement d’un Plan Orsec avec une enveloppe de 10 milliards dont trois seront
distribués aux impactés des inondations et sept destinés à la réalisation et au
redimensionnement des infrastructures. En 2012, suite aux inondations, il avait annoncé
un plan de lutte contre les inondations avec plus de 750 milliards. Macky Sall avait pris ce
pretexte d’ailleurs pour supprimer le Sénat. Pour faire face à la covid 19, c’est Force Covid
qui a été mis en place avec la somme considérable de 1000 milliards sans suppression,
du reste, d’aucune institution alors qu’elles font foison et se singularisent par leur inutilité.
Laissons-lui cette magnanimité de ne pas vouloir enlever le pain de la bouche de ses
amis.
En réalité la technique est simple. A chaque catastrophe, il s’agit juste de faire miroiter
l’éclat de l’argent aux yeux des populations démunies. L’espoir fait vivre. Macky Sall
compte bien sur cela pour apaiser la colère populaire.
Mais le procédé est encore plus pernicieux. Ces catastrophes ne sont que des prétextes
pour décaisser de l’argent que l’on injecte dans des canaux à des fins purement
politiciennes. Il en a été ainsi pour l’argent de la Force Covid. Tout le monde l’a constaté. Il
en fut ainsi pour le plan de lutte contre les inondations. Si le Projet de Gestion des Eaux
pluviales a été mené à bien c’est parce que les bailleurs de fonds, en l’occurrence la
Banque mondiale, le Fonds nordique et la Coopération française ont posé des yeux de

lynx sur la mise en œuvre de ce projet. Le reste, ce n’est qu’écran de fumée. Jusqu’à
aujourd’hui, les chiffres et le taux de réalisation sont indécis. Personne ne sait vraiment à
quoi a servi et où est allé l’argent au moins décaissé. Pour ce plan Orsec, on ne s’attend
pas mieux.
C’est cette corruption et ce clientèlisme qui se conjugue au coeur de l’État. Ils prennent
leur source à la tête des institutions et s’insèrent comme une pieuvre au sein de la société.
Tant que la tête de cette pieuvre ne sera pas coupée, le malheur du plus grand nombre
fera encore et toujours le bonheur de quelques privilégiés, parents et amis de la
maisonnée au pouvoir.
C’est la vraie leçon de ces catastrophes naturelles.
Moustapha Sarr Diagne
Louga Infos