MANSOUR BOUNA NDIAYE A PROPOS DE LA LUTTE TRADITIONNELLE

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MANSOUR BOUNA NDIAYE  A PROPOS DE LA LUTTE TRADITIONNELLE 

 

Quelques souvenirs d’enfance 

 

Il a été maire de Louga. Mais est-ce seulement ce que l’on doit retenir de Mansour Bouna Ndiaye. Ce serait alors méprise, grande sottise de circonscrire la personnalité de Mansour Bouna à une simple fonction administrative. L’homme avait une stature multidimensionnelle. Il était politique. En son temps, c’était dans l’ordre des choses. On ne pouvait sortir de l’ENFOM sans que la politique ne vous rattrape dans votre cheminement à la fois professionnel et intellectuel. Par nature, un intellectuel de cette époque ne pouvait échapper à ce destin tout tracé, ce fatum comme diraient les stockistes, auquel nul  ne peut feinter. Il fut alors politique. Administrateur de fonction, il a assumé cette dignité mais les vicissitudes de la vie et les engagements de jeunesse l’ont amené à militer au  Pari socialiste, jadis Union Progressiste Sénégalaise. 

Tout cela ne fera pas oublier qu’il fut un enfant de Louga qui a vécu, comme tous les autres, les moments palpitants de la vie de cette belle cité culturelle. C’est à ce titre qu’il nous livre quelques fulgurances de ce vécu d’une enfance lougatoise. Ouvrons les guillemets :

« Cet événement, qui avait lieu de jour, ne nous faisait pas braver l’interdiction de sortie après le crépuscule, il nous permettait de vivre des moments d’intenses joies. Le jour de lutte, des groupes d’hommes, de femmes, et d’enfants, précédés de tam-tams, escortaient des groupes de lutteurs portant de magnifiques pagnes confectionnés par nos tisserands et qui rivalisaient de savoir-faire dans des figures et coloris. 

Ces pagnes, ceints aux reins des lutteurs, pendaient jusqu’à leurs chevilles et s’ouvraient dans la danse pour laisser apparaître les puissants mollets de leurs jambes bardées de gris-gris de toutes formes et de toutes couleurs comme les puissants biceps de leurs bras aux mains empoignants des cordelettes s’ils agitaient. 

Ces groupes, bigarrés et animés, convergeaient en dansant et en chantant vers le centre-ville ou l’alignement des maisons de commerce formait une cour d’accès carrée faisant office d’arène de lutte. A l’époque les lutteurs les plus célèbres étaient Saa-Wuli Gaye, Harack Fall, et son frère Cheikh Fall et Saa Ndiaré  dit Char d’assaut pour les champions locaux. 

Mais le lutteur qui m’avait le plus marqué était Abdourakhman Ndiaye dit Fallang de Dakar, qui logea une fois chez nous en compagnie d’un autre grand lutteur El Hadji Talla Diagne. C’étaient deux grands lutteurs, des colosses aux biceps de boxeurs et aux cuisses d’Apollon. 

De forte stature, ils ont marqué les arènes sénégalaises par leurs prouesses, ils deviendront plus tard de grands dignitaires lébous et chef des villages de Yoff et Djender. 

Je me souviens toujours des backs, sorte d’hymne à leur gloire que ces grands athlètes pour qui l’argent ne comptait que peu, chantaient. Pour eux, ce qui comptait le plus, c’était leur honneur, leur dignité et la sauvegarde de leur art. Ils savaient s’exprimer en disant des choses agréables au cœur et à l’oreille. 

Je me souviens de Saa-Wuli Gaye qui disait : « Njambaan sala borom njambaan », « boulen di sonnal beer ndiaw du melni lem » .Ce qui se traduit par : « mélangeur, je suis le mélangeur », « ne fatiguez pas trop le sirop de beer (fruit local enivrant) son produit n’égalera jamais le mien ».

Il disait aussi : « j’ai mélangé le jus du pain de singe et l’ai goûté mais il n’avait pas de goût  » ; « j’ai mélangé le jus de tamarin, il était acide et je l’ai bu ». Mais, à chaque fois que je l’ai mélangé ma force à celle d’un lutteur, il a emporté mon goût et je l’ai terrassé ».

Il disait cela au firmament de son art. À son déclin, il disait : « Wa Louga mane gane te teulé deuk ;  danoulaye yeukati banga melna teget gnou mbassla nga danou ». Ce qui se traduit : « les Lougatois savent accueillir mais ils ne savent pas loger ; ils vous soulèvent jusqu’au firmament et brusquement ils vous laissent tomber ». 

Mansour Bouna avait une grande culture. Aussi bien occidentale que sénégalaise et même « diambouroise » – si l’on peut se peut se permettre ce néologisme-.

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