Maradona est mort Paix à une âme qui nous donné tant de joies

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C’était un soir. On était à la kermesse du Parti communiste français. Puis on devait
regarder le match du jour opposant l’Argentine à l’Angleterre. C’était le jour de « la main
de Dieu » où Maradona propulsa de sa main dans les filets du gardien anglais. L’arbitre
n’avait rien de ce subterfuge. Le Var n’existait pas à l’époque. Le but fut accordé. Nous
aussi, engoncés dans nos fauteuils, nous n’avions rien vu. Le geste de Maradona était si
subtile que, dans l’action, il aurait échappé au plus perspicace des arbitres. Mais l’histoire
ne s’arrête pas là.
D’un ballon récupéré de la surface de réparation de l’Argentine, Maradona, par ses
dribbles, ses feintes de corps, ses mouvements virevoltant, élimine toute adversité devant
lui. Dix Anglais passent à la trappe. Ce but fut le plus beau but que l’on ait marqué dans
une coupe du monde. Maradona était exceptionnel.
Ni Messi, ni Pelé, ni Zidane ne lui arrivent à la cheville. Il fut. Il a été. Il est le meilleur
footballeur que la planète ait connu. Avec dix bons hommes, Maradona a réussi à gagner
une coupe du monde en 1996 au Mexique. A part Buruchaga et cette finale épique contre
l’Allemagne, qui donc se souvient d’autre chose que cette passe en or que Maradona
adressa à son coéquipier pour le troisième but de l’Argentine ?
Ce jour-là, la fête de l’humanité du Parti communiste français avait un autre goût, un
agréable goût sucré de framboise mêlé d’anis. Nous nous étions réjouits.
Maradona est mort. C’est une légende qui est aujourd’hui ouverte.
Tapha Sarr Diagne LOUGA INFOS.
Nous en profitons pour publier ce joli texte de :
FRANCE FOOTBALL.
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MARADONA CONSIDÈRE SON MATCH CONTRE L’URUGUAY (1-0) À LA COUPE DU
MONDE 1986 COMME LE MEILLEUR DE SA CARRIÈRE. CE JOUR-LÀ, IL NE MARQUE
PAS ET NE FAIT PAS MARQUER, MAIS, DIRA-T-IL, « J’AI FAIT DE LA MAGIE ». ON A
DONC REVU TOUT ÇA.
El Grafico, la bible du foot argentin, lui avait demandé un jour quel avait été le meilleur
match de sa vie et Diego Maradona avait répondu, sans une hésitation : « Contre
l’Uruguay, à Puebla, à la Coupe du monde 1986. Ce jour-là, j’ai été encore meilleur que
contre l’Angleterre et je les ai tous surclassés. Tous. » Dans son autobiographie Yo soy el
Diego de la gente, il en avait déjà parlé comme étant son « meilleur match de cette Coupe
du monde. Et de loin ». Plus tard, dans le livre Mexico 86, Así ganamos la Copa, où il
retraçait ce tournoi vécu de l’intérieur, il ajouterait encore : « Je ne perds pas un seul duel,
j’ai fait de la magie : on peut – on doit – gagner 4 ou 5-0. Minimum. » Pour tenter de
répondre à la question « Qu’est-ce que Maradona avait de si spécial dans le jeu ? » et
comprendre pourquoi il a toujours tenu autant à ce match, au-delà de sa dimension
purement passionnelle, on a donc revu ce huitième de finale de Coupe du monde disputé
le 16 juin 1986 et on y a trouvé au moins trois explications. Maradona avait alors 25 ans, il
jouait à Naples depuis maintenant deux saisons, Carlos Bilardo en avait fait son capitaine
et en mettant les pieds au Mexique, il avait juré : « Je suis venu ici montrer que je suis le
plus fort. »
IL RESPIRE LE MATCH COMME PERSONNE
Pour une fois, c’est un match où Maradona (5 buts et 5 passes décisives durant cette
phase finale) ne marque pas et ne fait pas marquer (*). Mais c’est un match où il fait tout le
reste et où chaque déplacement, chaque appel, chaque passe, chaque action individuelle
est pensé avec une intention et dans l’intérêt d’une équipe, certes construite pour lui et
parfaitement organisée à la récupération. Un match à 65 fautes, équitablement réparties,

riche en duels et joué sur un rythme très sud-américain, altitude oblige. Autrement dit, fait
de temps faibles, de ruptures, d’assez longues périodes de conservation, de jeu court,
puis de verticalité et de changements de rythme brutaux, qui lui conviennent à merveille et
favorise son explosivité naturelle. Un match, aussi, où il touche 74 ballons aux quatre
coins de la moitié de terrain uruguayenne, s’occupe de tout, y compris des coups de pied
arrêtés, et décide de tout. Jorge Valdano, son complice le plus sûr, rappelle : « En 1986, il
est à la fois milieu offensif et attaquant.
Après, avec Diego, tout devient beaucoup plus simple, plus fluide. » En creux : dans
l’utilisation du ballon et la gestion des espaces comme dans l’anticipation, il n’existe pas
meilleur que lui. « Contre l’Uruguay, explique Maradona, tu joues toujours avec la
mâchoire serrée. Les autres peuvent te marcher dessus : les Uruguayens, eux, te
regardent en face, te chopent et savent te faire mal. » Mais c’est surtout parce que le
génie argentin devine très tôt le scénario de cette partie, évalue instantanément le rapport
de forces et interprète la moindre situation, parce qu’il voit avant, plus vite et plus loin que
les autres, qu’il peut résoudre les problèmes, provoquer le déséquilibre et initier alors
chaque occasion. Comment ? « À partir de ce match, c’est une Coupe du monde qu’on
gagne au milieu et en mettant de la vitesse dans les trente derniers mètres, raconte-t-il.
L’idée, contre l’Uruguay, était donc de changer constamment de positions avec
Burruchaga, Valdano et Pasculli, afin que l’un de nous quatre se retrouve attaquant de
pointe à tour de rôle. » Son huitième de finale respire à la fois l’intelligence et l’audace, la
fantaisie et la confiance. Mais d’abord l’intelligence.
IL FAIT DÉJOUER L’ADVERSAIRE MIEUX QUE N’IMPORTE QUI
Le propre du grand joueur consiste à faire déjouer l’adversaire. Et donc, à créer
l’embrouille, à être le moins lisible possible et à imaginer en permanence différentes
stratégies de diversion. Pour échapper au marquage individuel de Jorge Barrios, ouvrir un
peu la défense uruguayenne et créer de l’espace pour ses partenaires, le plan était le
suivant : « Trimbaler Barrios partout sur le terrain, à droite, à gauche, se souvient
Maradona dans son livre. Et le faire courir un maximum. Sur la toute première action,
j’accélère ainsi sur la droite avant de terminer ma course dans un panneau publicitaire.
Sur la deuxième, je déborde cette fois à gauche et je centre, comme un ailier. J’adorais ce
geste. Corner. Ç’a été le signal… Au bout de cinq minutes à peine, j’ai compris que c’était
par la gauche qu’il fallait passer. Il était très grand, bien plus que moi, mais dès que je
prenais de la vitesse, impossible pour lui de m’arrêter. » En contrepartie, à la perte de
balle, c’est lui qui devait rester, neuf fois sur dix, le plus haut sur le terrain avec pour seule
consigne de se replacer dans l’axe. Et, à l’occasion, de presser sur le défenseur ou le
milieu le plus proche.
Au passage, Maradona oublie juste une chose : sa première touche de balle, sa qualité de
contrôle, sa rapidité d’exécution et d’enchaînement vers l’avant, son jeu de corps et sa
science de l’évitement lui offraient un temps d’avance sur les autres presque à tous les
coups. Pour pouvoir créer l’effet de surprise, réussir le bon geste technique au bon
moment et faire la différence, tout n’était plus ensuite qu’une question de choix : quelle
surface de pied utiliser ? Comment positionner son corps ? Quel effet et quelle trajectoire
donner au ballon ? Sur une séquence côté droit, où il échappe à un tacle de Miguel Bossio
près de la ligne de touche puis crochète Barrios devant les 5,50 m, avant de fixer
Fernando Alvez, le gardien adverse, et de centrer devant le but pour Pasculli, tout est
dans la manière d’alterner extérieur et intérieur pied gauche. « Je fais en sorte à chaque
instant que ni le défenseur ni le gardien ne puissent intervenir et là, je prends la position
préférentielle. »
IL ACCÉLÈRE, DRIBBLE, ÉLIMINE, DÉSÉQUILIBRE
Le mieux avec Maradona était de le rechercher dans les pieds plutôt que dans l’espace,
mais les deux lui allaient et, finalement, on arrivait à le trouver partout. Cet après-midi-là,
ses stats, aussi, sont ébouriffantes : 69 % de dribbles réussis et 64 % de duels gagnés,

pas tous donc comme il le prétend, mais dans une proportion néanmoins énorme face à
une équipe comme l’Uruguay, dix fautes provoquées à lui seul et 59 % de passes réussies
dans la zone d’attaque. Accessoirement aussi, 60 % de frappes cadrées et huit ballons
touchés dans la surface adverse. Autant de chiffres, à une exception près (les passes
dans les 30 derniers mètres), qui dépassent ses moyennes observées durant quatre
semaines de compétition. « En seconde période, témoignait-il ainsi à trente années de
distance, je commence le show. »
En revoyant les images, tout en gardant à l’esprit celles, actuelles, de Lionel Messi,
l’impression qui se dégage est double. Comme sa relation technique avec Jorge
Burruchaga et Jorge Valdano relève de la télépathie, Maradona est omniprésent sur
chaque point chaud, et donc à la finition. Hyper solide sur ses appuis, il ne fuit jamais le
combat ; hyper costaud dans sa tête, il ne semble jamais ressentir aucune pression. En
somme, toute l’éducation reçue sur les potreros de Buenos Aires, où il a développé son
habileté, son inventivité, mêlées souvent d’une bonne dose d’individualisme, mais aussi sa
malice et son agressivité, ces terrains vagues où il a appris à prendre des coups, à se
relever et à continuer de jouer, bref à avoir la tête dure, cette éducation, donc, rejaillit
soudainement dans ce match. Il improvise et provoque en même temps, insiste là où ça
fait mal, dicte le tempo, joue à une touche, montre l’exemple en pressant un peu plus haut,
reste toujours en alerte et, quand l’orage éclate dans les vingt dernières minutes, sa
volonté de gagner redouble d’intensité. L’autre sensation ressentie ? S’il n’est jamais aussi
dangereux que lorsqu’il accélère, dribble, élimine et crée le déséquilibre, le jeu de
Maradona respire profondément la joie, le goût du défi, l’impertinence et l’envie d’aller de
l’avant. « De toute façon, assure Valdano, il ne supportait pas que l’équipe joue bas ou de
manière trop défensive. »
(*) À LA 65 E MINUTE, UN BUT LUI SERA REFUSÉ POUR UNE FAUTE PRÉALABLE
QUE L’ARBITRE ITALIEN LUIGI AGNOLIN JUGERA UN JOUR « INEXISTANTE », A
POSTERIORI. AUPARAVANT, À LA 21 E , IL AVAIT AUSSI FRAPPÉ UN COUP FRANC À

TRENTE MÈTRES SUR LA BARRE.